LE SABLE, ENQUÊTE SUR UNE DISPARITION PLANÉTAIRE

Publié le par Galaxien

Le sable, enquête sur une disparition, est un documentaire (1h32) sur l'enjeu d'une bataille économique féroce pour le sable au risque de conséquences écologiques désastreuses, un sujet insoupçonné qui doit nous faire prendre conscience de ce drame planétaire. De Bombay à la Bretagne en passant par Dubaï, Tanger ou les Maldives, cette passionnante enquête en forme de thriller, suivie du débat avec le réalisateur, dévoile une urgence mondiale, celle de la menace qui pèse sur le sable, ressource vitale dont le pillage s’accélère.

 

Après la ruée vers l’or et le pétrole, la ruée vers le sable ? Puces électroniques, plastique, et surtout matériaux de construction, matière première bon marché, le sable est partout. Si le sable des déserts reste impropre à la construction, les magnats du bâtiment se sont massivement tournés vers l’exploitation des rivières et plages, au détriment de l’équilibre des écosystèmes.
Petit à petit, les appétits économiques ont grignoté au moins 75 % des plages du monde, et englouti des îles entières. Résultat, chaque année, des tonnes de sable sont déversées sur les plages pour compenser l'élévation du niveau des mers et l’érosion, mais ans effet... Enquête impensable, du réalisateur Denis Delestrac, sur un pillage écologique mêlant multinationales et réseaux mafieux.

Combien de grains de sable sur la Terre ? Beaucoup. Oui, mais encore ? Howard C. McAllister, professeur de physique à l’Université d’Hawaï, s’est essayé à une estimation. Au prix de quelques approximations, il admet que sur les 200.000 km de rivages dans le monde, 25% sont recouverts de sable, et que les plages mesurent en moyenne 30 mètres de large pour 5 mètres de profondeur, obtenant ainsi le volume de sable.
Enfin, en considérant qu’un grain de sable occupe un volume d’1mm3, il en déduit que notre planète compterait environ 10 trillions de grains de sables. C’est-à-dire, 1019 unités, ou encore 10 suivi de 18 zéros. Un résultat astronomique qui défie notre sens du réel. En lieu de comparaison, c’est pourtant beaucoup moins que le nombre d’étoiles dans l’Univers, mais quand même...

Le sable, un matériau "dit" indispensable dans le domaine de la construction, est considéré par certains comme étant inépuisable. Grave erreur, seuls les sables marins et fluviaux sont adaptés aux besoins des chantiers, et leur exploitation intensive déclenche une véritable "guerre du sable". On le trouve dans le béton, qui alimente un boom immobilier ininterrompu, mais aussi dans les puces électroniques, le papier, le plastique, les peintures, les détergents, les cosmétiques…
Ce sable que nous aimons fouler du pied ou laisser filer entre nos doigts s’est glissé à notre insu dans tous les interstices de notre quotidien. L’industrie le consomme en quantités croissantes, plus encore que le pétrole. Peut-être parce que, contrairement à l’or noir, cette matière première perçue à tord comme inépuisable est restée à ce jour pratiquement gratuite.
Alors que le sable des déserts est impropre à la construction, les groupes du bâtiment ont longtemps exploité les rivières et les carrières, puis ils se sont tournés vers la mer, provoquant ce qui est en train de devenir une véritable bombe écologique, car le sable joue un rôle essentiel dans la protection des côtes et plages, et l’équilibre des écosystèmes marins.

En effet, les plages du globe fondent comme du sucre. Elles pourraient même avoir totalement disparu avant la fin du siècle. La conséquence d'un appétit contemporain ­démesuré pour le sable. Les conséquences de cette surexploitation apparaissent peu à peu au grand jour. Petit à petit, les appétits économiques ont grignoté au moins 75 % des plages du monde, et englouti des îles entières, en Indonésie et aux Maldives, tandis que Singapour ou Dubaï ne cessaient d’étendre leur territoire en important, parfois frauduleusement, du sable.
Disparition des poissons, impact aggravé de l’érosion et des tempêtes, bords de mer devenus lunaires..., face aux timides régulations adoptées pour tenter de limiter le pillage, la "ruée vers le sable" s’est en réalité accélérée, sous l’égide de grandes entreprises multinationales et de mafias locales.

Par le biais d’une investigation méticuleuse, Denis Delestrac parvient à montrer une réalité connue jusqu’ici des seuls spécialistes scientifiques et défenseurs de l’environnement, mais aussi des professionnels des travaux publics, dont les explications accompagnent de saisissantes séquences tournées dans le monde entier.
Ici, ce sont les "petites mains" des trafiquants de sable, qui prélèvent leur butin au vu et au su de tous, sur les plages de Tanger, ou en plongeant dans l’eau transparente des Maldives, tandis que des marchands de sable réunis en congrès spéculent sur les juteux profits qu’ils vont engranger, grâce à une ressource qui appartient à tous. Là, c’est l’État de Floride, qui, à grand renfort de dragueuses offshore et de bulldozers, renfloue ses plages en voie de disparition, contribuant ainsi à déséquilibrer davantage l’écosystème maritime qui a fait sa renommée touristique. De leur côté, les élus et la population des Côtes-d’Armor, en Bretagne, se mobilisent contre un nouveau projet de dragage. Une exception, car s’il n’est pas trop tard pour agir, plaident les chercheurs et les militants écologistes, l’opinion publique, dont le soutien est indispensable pour infléchir la tendance, reste largement inconsciente du phénomène.

Le documentaire expose les ­excès de notre temps, les enjeux économiques, urbanistiques, démographiques et géopolitiques. A travers la frénésie bâtisseuse se dévoilent la spéculation immobilière ou la démesure bling-bling ­comme à Dubai avec ses îlots artificiels ­gagnés sur l'eau à coups de remblayages pharaoniques. Avec "15 milliards de tonnes par an", c'est aujourd'hui la ressource naturelle la plus consommée après l'eau.
Denis Delestrac a sillonné la planète sur les traces des dragueurs des mers, des bétonneurs des villes, et aussi des trafiquants qui agissent avec la violence des mafias, montrant les excès d'une réaction en chaîne aussi inexorable qu'aberrante.
Coluche disait sur les élites : "Si on confiait le Sahara à des énarques, dans cinq ans ils achètent du sable !"
Récompenses pour le film : FICMA 2013 - Golden Sun, Prix considéré pour le Nobel de l'Environnement, Prix de l'impact FIGRA-Amnesty International.
(Entre-autres sources :  future.arte.tv/)

 

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