LE MUR DE L'ATLANTIQUE - Monument de la collaboration

Publié le par Galaxien

Le mur de l'Atlantique, est un documentaire historique (1h10), une enquête sur les conditions de construction des fortifications du mur avec ses milliers de blockhaus et de bunkers construits pendant la Seconde Guerre mondiale sous l'Occupation allemande.

 

Le mur de l'Atlantique est un système de fortifications côtières construit par le IIIè Reich pendant la Seconde Guerre mondiale le long de la côte occidentale de l'Europe, et destiné à empêcher une invasion par les Alliés sur le continent. Ces fortifications s'étendent de la frontière hispano-française jusqu'au nord de la Norvège. Elles sont renforcées sur les côtes françaises, belges et néerlandaises de la Manche et de la mer du Nord.
Les Alliés attaquent les défenses du mur de l'Atlantique lors du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie sur cinq plages différentes, mais ils sont encore confrontés aux défenses du mur lors de la prise de Cherbourg fin juin 1944, du Havre début septembre 1944, ainsi que lors de la bataille de l'Escaut en novembre 1944 pour libérer les accès maritimes du port d'Anvers.

S'appuyant sur des archives rares, Jérôme Prieur a reconstitué un aspect passé sous silence de la collaboration. Aujourd'hui, les bunkers du mur de l'Atlantique nous sont devenus familiers. Plus de huit mille d'entre eux rythment nos paysages littoraux, comme « absorbés par le décor naturel », note Jérôme Prieur dans son livre paru avant la diffusion du Mur de l'Atlantique sur France 2.
Pour le promeneur, le baigneur, pas de doute, ces massifs monuments du IIIe Reich n'ont pu être construits que par les allemands, et pourtant...

C'est une vérité historique que livre Jérôme Prieur, révélant un secret longtemps gardé, celui que le mur de l'Atlantique fut surtout construit par des français. Véritable « monument de la collaboration », l'ouvrage de défense de la forteresse Europe, légitimé par Vichy, a mobilisé des dizaines de milliers de travailleurs volontaires, requis ou forcés de 1942 à 1944.
Comment cela a-t-il pu être oublié ? « Les nazis l'ont mis en scène comme une de leurs réalisations », explique Jérôme Prieur. Le co-auteur de la série Corpus Christi, passionné par l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, a dû ruser avec les archives filmées. « Les films de propagande étaient astucieusement montés, la main-d'œuvre n'apparaissait que furtivement. J'ai dû isoler des images et effectuer mon propre montage. »
Ces quelques images changent tout. Parés de leurs échafaudages, de leurs coffrages et de leurs ouvriers, les bunkers et les bases sous-marines en construction révèlent le gigantisme des chantiers. Des chantiers très sophistiqués pour l'époque, qui engloutirent des millions de mètres cubes de béton et absorbèrent près de 80 % de la production française de ciment. La propagande allemande pas plus que l'éparpillement des ouvrages le long des côtes n'ont pu effacer un tel souvenir. Il s'agit bien d'une « amnésie collective », selon Jérôme Prieur.

A la Libération, si beaucoup d'entreprises du bâtiment et des travaux publics se trouvèrent inquiétées, l'épuration leur fut rarement fatale. Le pays en ruines avait besoin d'elles pour la reconstruction. De leur côté, les participants à la construction brandirent l'excuse des réquisitions, « mais on peut être "requis" et très bien payé », remarque Jérôme Prieur, également surpris par la récurrence d'un récit abracadabrant : le béton aurait été saboté à l'aide de farine et de sucre !
C'est contre cette légende, contre cette mauvaise mémoire que s'est insurgé le réalisateur. « Même si ce n'est pas le pire des crimes de l'époque, le mur de l'Atlantique est emblématique de cette collaboration froide, grise, parfois appelée "accommodement". Collaborer, ce n'est pas seulement arrêter des juifs, c'est aussi prêter main-forte à un système effroyable. »


Pour reconstituer cette collaboration, la tâche fut ardue. « Les sources sont rares. Les archives de l'Organisation Todt, le maître d'œuvre, ont été détruites. Celles des entreprises sont rarement accessibles. » Une promenade dans la rubrique histoire des sites Internet des entreprises de BTP permet de vérifier un étrange mutisme sur la période 1940-1944. Seule demeure la mémoire du procès de la société Sainrapt et Brice (intégrée depuis au groupe Vinci), qui servit de bouc émissaire lors de l'épuration parce que son patron avait claironné son soutien aux nazis. Et le réalisateur de paraphraser l'écrivain Jean Paulhan : « Le mur, il valait mieux l'avoir construit qu'en avoir dit du bien. »

De cette épuration plus symbolique qu'économique, il reste tout de même des traces dans les archives des comités d'épuration, ouvertes depuis peu. Jérôme Prieur s'est aussi appuyé sur de nombreuses études menées à l'échelle locale. « L'essentiel du travail était fait, mais il n'avait donné lieu qu'à des chapitres isolés dans des livres ou des colloques. » Très complémentaires, l'essai et le film de Jérôme Prieur constituent la première synthèse de l'histoire du mur de l'Atlantique.
(De Samuel Gontier)

 

- Voir aussi :

SECONDE GUERRE MONDIALE - Liste des documentaires et reportages

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