MICHEL SERRES : La révolution culturelle et cognitive

Publié le par Galaxien

Les nouvelles technologies, est une conférence (1h04) donnée par Michel Serres, philosophe et historien des sciences, consacrée à la révolution culturelle et cognitive liée aux technologies modernes qui poussent l’homme à externaliser sa mémoire, à l’occasion des 40 ans de l’INRIA.

 

Michel Serres, célèbre académicien, philosophe et historien des sciences, explique comment la révolution informatique change notre rapport au monde. Tout comme avant elle, l’écriture, puis l’imprimerie, ont profondément transformé nos modes de vie. Une conséquence inévitable de toute révolution.
Le philosophe donne rapidement le ton et invite son auditoire à prendre conscience de la révolution cognitive générée par la révolution de l’information. Pour lui, les nouvelles technologies ont poussé l’homme à externaliser sa mémoire. Il nous faudra donc être inventifs, intelligents, transparents, pour être des acteurs de cette nouvelle période de l’histoire.


Michel Serres passe tout d'abord en revue ce qui ne lui paraît pas nouveau, avant de détailler les aspects où selon lui réside la nouveauté, comme le rapport à l'espace, la question du droit, l'externalisation des fonctions cognitives.
Ces réflexions le conduisent à définir un exo-darwinisme, et à montrer que dans le développement humain, chaque perte a permis de gagner une nouvelle fonction.
Une fois son exposé terminé, le philosophe répond aux questions de l'auditoire.
À plus de 82 ans, ce professeur académicien pas tout à fait comme les autres scrute les transformations du monde et des hommes de son œil bleu et bienveillant, avec sagesse.


L’humanité a en effet connu trois révolutions technologiques majeures : L’invention de l’écriture, l’invention de l’imprimerie, et la présente révolution informatique et Internet. Toutes trois ont modifié le rapport que nous entretenons au savoir et à la connaissance, en extériorisant à chaque fois un peu plus la mémoire et le savoir, et en libérant nos capacités cognitives pour des tâches d’invention et d’imagination.
À cause de cette externalisation, l’homme est à distance de tout, donc ce que nous avons gagné, c’est le devoir d’être intelligent, puisque notre mémoire est externalisée. Il ne nous reste que l’inventivité et la créativité. Le travail intellectuel désormais est obligé d’être intelligent et inventif.


Au lendemain de l’invention et de la généralisation de l’imprimerie, Montaigne a composé ses Essais, de son propre aveu sans plan apparent, et Rabelais disait que nous naviguions entre les îles Tohu et Bohu, tout comme Leibniz se demandait si l’extraordinaire masse de livres que permettait l’imprimerie n’allait pas produire un désordre tel qu'on allait s’y perdre.
Or, nous savons bien qu’une nouvelle forme de rationalité est issue du désordre qui a suivi l’effondrement du savoir médiéval, sans que nous soyons pour autant en mesure de dire la forme que prendra l’organisation des connaissances de demain. Nous ne pouvons pas deviner aisément quel est le type de savoir qui va émerger.


Les conditions nouvelles de la transmission du savoir bouleversent notre organisation cognitive d’une manière fondamentale. Les neurosciences nous ont enseigné que selon nos activités ce n’étaient pas les mêmes zones du cerveau qui étaient activées et que, par exemple, la lecture mettait en œuvre des neurones particuliers.
Il est vrai que le savoir se développe de manière cumulative, en tout cas pendant de longues périodes, et brusquement, on assiste à des nouveaux changements de paradigmes, à des bifurcations imprévues, on peut alors se demander où nous conduiront les rapprochements inopinés qui résultent de la condition actuelle.


Ce qui est sûr, c’est que la forme classique de la transmission du savoir, la forme scolaire et certains contenus également, sont aujourd’hui périmés.
Dans son dernier ouvrage, Michel Serres a choisi de décrire cette situation nouvelle au travers d’un personnage qu'il nomme comme son livre "Petite Poucette", en référence, entre autres, à la manière dont les adolescents manipulent avec une dextérité incroyable des pouces leur téléphone portable pour naviguer sur Internet ou s’envoyer des messages.



- Voir aussi :

L'INVENTION DE L'ORDINATEUR

LES SURHOMMES DU FUTUR - Nanoscience et bionique

LES ÉTONNANTS POUVOIRS DE TRANSFORMATION DU CERVEAU

Publié dans Interview - Débat

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Loys 22/02/2013 12:25

Oui la transmission scolaire atteint un point limite mais je ne crois pas nous ayons aucune raison de nous en réjouir.

http://www.laviemoderne.net/lames-de-fond/037-l-acculture-en-serres.html